Déstandardiser les projets

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Sur les territoires que Grand Paris Aménagement développe, vous êtes amenés à composer avec des bâtiments existants, dont la valeur architecturale et la qualité même du bâti peuvent parfois poser question. Dans le cadre de la création de ZAC et de nouveaux plans d’aménagement, quelle stratégie adoptez-vous pour intégrer ce patrimoine ?

En tant qu’aménageur, nous devons changer notre regard et notre approche sur le patrimoine bâti existant.
Traiter le déjà-là comme une chance et non comme une contrainte, c’est se donner l’occasion de préserver la mémoire d’un lieu, c’est ce qui va donner une identité à un quartier. C’est aussi un enjeu écologique, alors que la construction neuve émet trois fois plus de carbone que la réhabilitation et que la matière première est, pour beaucoup, déjà là.
En méthode, cela signifie faire de la conservation du bâti un parti pris de l’aménagement d’ensemble, comme un élément avec lequel la maîtrise d’œuvre devra composer. C’est aussi travailler la programmation de ces actifs très en amont, car ils sont souvent atypiques et nécessitent d’être retravaillés en partant de l’usage futur.

Dans quelle mesure le renouvellement urbain peut-il être conçu en tenant compte de ces bâtiments, même lorsque leur implantation semble être un frein à un schéma d’ensemble ?

Je ne crois pas qu’il faille s’interdire de démolir lorsque le bâti génère des dysfonctionnements tels qu’il ne nous permette pas de bien vivre ensemble. Mais cette situation est plutôt rare, et nous avons du chemin à faire. En réalité, c’est souvent la contrainte économique qui conduit à sacrifier l’existant. Par exemple à Aubervilliers, dans la ZAC du Fort, nous faisons le choix avec la collectivité et la maîtrise d’œuvre de conserver les cinq tours des gendarmes, qui racontent l’histoire de ce site, mais démolissons le parking en ouvrage qui crée une vraie rupture physique dans le quartier et nie l’histoire du site en bloquant l’accès à l’une de ses portes historiques.

Comment Grand Paris Aménagement pense pouvoir dépasser ces difficultés dans ses opérations en cours ou à venir ?

Dans les opérations nouvelles que nous lançons, nous partons du principe que les bâtiments en réhabilitation sont transformés à marge zéro pour ne pas prendre la décision de démolir pour des raisons économiques. Au contraire, nous considérons que c’est la réhabilitation de ces bâtis qui va permettre de déstandardiser les projets et donner de la valeur à l’ensemble du quartier. Nous nous appuyons aussi sur des partenaires innovants et créatifs, prêts à s’engager avec nous dans ces projets qui restent une prise de risque en logement pour la plupart des promoteurs. Nous devons aussi donner plus de place, dans la concertation avec le public, à la question de la conservation. Les habitants sont souvent très attachés à leur patrimoine, et nous aident à déconstruire les idées reçues sur le sujet.

Dans votre périmètre d’intervention géographique, quels sont les territoires qui présentent un fort potentiel de transformation de l’existant et pourquoi ?

Nous atteignons les limites de l’extension urbaine en Île-de-France et c’est heureux. Les sites à transformer ne manquent pas : zones d’activités déqualifiées, patrimoines historiques, notamment industriels, centres anciens dégradés, opérations de renouvellement urbain sont autant d’opportunités d’intensifier la ville tout en l’adaptant aux enjeux de demain.