Le chantier comme terrain de dialogue et d’expérimentation

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Veiller au grain

Le travail de l’architecte ne s’arrête pas au dessin. C’est aussi un travail de terrain, une présence continue jusqu’au rendu de chantier et un échange permanent avec les entreprises. Aujourd’hui, ce suivi d’exécution méticuleux est devenu la marque de fabrique de Fresh. Le dialogue avec les entreprises commence dès la phase de consultation. J’ai passé des mois à négocier pour le compte de la maîtrise d’ouvrage.
Dans le cadre des variantes qui nous sont imposées pour des raisons budgétaires, notre rôle consiste aussi à «simplifier» certaines prestations, à trouver des détails alternatifs satisfaisants garantissant l’intention architecturale première.
Pendant le chantier, il a aussi fallu répondre aux imprévus. La présence de coffres forts en sous-sol nous a empêchés de réaliser les sondages nécessaires à la reprise en sous-œuvre. En attendant leur dépose, nous avons dû émettre des hypothèses sur la nature du sol en nous basant sur l’exemple des bâtiments du quartier. Quand le sondage a pu être réalisé, le sol s’est révélé beaucoup plus friable qu’attendu.

Cette découverte a rendu l’excavation particulièrement difficile car chaque trou creusé se rebouchait instantanément. Nous avons dû procéder par petites zones, faire appel à des experts et réinjecter de la matière sous les parcelles voisines.
Ça a pris beaucoup plus de temps que prévu et il a fallu faire preuve d’une grande capacité d’adaptation.
C’est une nouvelle expérience gagnée pour Fresh, qui a développé une réelle expertise dans ce genre d’exercice.

La Fresh touch

Ce bâtiment, c’est le volet «luxe» d’une agence qui travaille aussi dans l’urbanisme et le logement social. La réponse à cette attente passe par une grande exigence jusque dans les finitions. L’escalier, par exemple, est le point nodal du bâtiment mais aussi un moyen de lui redonner de la valeur. Son esthétique était donc primordiale. En nous appuyant sur notre expérience du chantier du 54, avenue Montaigne, nous avons choisi de renforcer la structure des marches a n que celles-ci fassent office de contreventement et évitent la mise en œuvre de croix de saint André. Avec le garde-corps en verre, le résultat est léger, épuré.

La structure métallique du bâtiment, qui est visible, devait être tout aussi belle. J’ai dû fournir un important travail de mobilisation et de sensibilisation auprès de l’entreprise Dumez pour obtenir un résultat satisfaisant. Au contraire, quand nous avons découvert les briques sous les anciennes cloisons, nous avons choisi de les laisser visibles et de ne pas les traiter. Le bâtiment tire sa force de la cohabitation des éléments historiques et contemporains, bruts et léchés. Le curage a constitué une étape importante pour démêler le vrai du faux dans ce que nous savions et pour révéler ce qui était oublié ou caché. Il nous a permis de confronter nos idées au réel.

La verrière du toit-terrasse est le fruit de longs échanges avec le façadier. Nous avons poussé jusqu’à obtenir un ouvrage qui soit à la fois coupe-feu et élégant, avec un verre extra-clair et une structure fine en acier au lieu de poteaux en béton. Il a fallu faire appel à des experts feu. Les négociations ont duré près de six mois. Le résultat, c’est une véritable innovation, un tour de force. Tout cela serait impossible sans une capacité d’écoute et une bonne entente avec les entreprises.

Une pratique agile et collective

Pour restituer les éléments patrimoniaux, le choix des entreprises était fondamental. L’exercice était d’autant plus complexe que nous n’avions pas les dessins d’origine, uniquement des photos d’époque et des gravures. Nous avons souhaité travailler avec des artisans hautement spécialisés, avec lesquels nous avons mis en place une méthodologie très empirique basée sur l’échange et des essais en temps réel.

Le clocheton, déposé dans les années 1960, a été intégralement reconstitué. Pour garantir la faisabilité, nous avons pris le parti d’une interprétation plus contemporaine. Les plans ont été réalisés main dans la main avec les entreprises car ce sont elles qui ont les compétences techniques. Nous avons mené les réflexions directement sur le clocheton en construction, sans prototype. Elles se sont poursuivies jusqu’en usine autour de la structure en bois, jusque sur le toit du bâtiment pour choisir les matériaux. Nous avons opté pour du zinc et des écailles de plomb après des tests in situ.

Pour restituer les garde-corps de la façade, nous voulions faire appel à une entreprise capable de réaliser des ferronneries d’époque. Nous avons tout redessiné ensemble en nous appuyant sur la documentation disponible et sur l’exemple des immeubles voisins. Un processus similaire a été mis en place avec le couvreur. Nous faisions des retours en temps réel et sur site, sans production préalable de dessins d’exécution par l’entreprise, ce qui est très inhabituel. C’est un travail qui a nécessité beaucoup de dialogue et d’adaptations. J’aime chez les entreprises cette capacité à sortir de leur zone de confort pour innover. Ce faisant elles nous poussent aussi, en tant qu’architectes, à expérimenter. Elles nourrissent notre réflexion et notre pratique.

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