Les territoires littoraux face aux enjeux climatiques

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À quels risques sont exposés les littoraux ?

Les territoires côtiers sont exposés à des risques qui sont aggravés par le réchauffement climatique. Il existe plusieurs types de risques : ceux liés à l’érosion, la submersion et les inondations, mais aussi les risques causés par la forte imperméabilisation des sols et le ruissellement des eaux pluviales, le tout dans un contexte de changement climatique. C’est la combinaison de ces risques qui rend le littoral sensible, et qui nous demande d’envisager des scénarios conjuguant ses risques. Certains territoires sont plutôt dominés par l’érosion, d’autres la submersion, tandis que certains espaces sont mixtes. Les zones tropicales doivent aussi faire face à des dynamiques de liquéfaction des sols et des séismes. Cette distinction est importante car les dégâts causés ne sont pas du même type : dans le cas d’inondations, l’eau détruit mais se retire ensuite, tandis que l’érosion affecte un terrain de manière définitive. Par conséquent, les solutions proposées ne sont pas les mêmes. Pour se protéger des submersions et inondations, phénomènes ponctuels bien que de plus en plus fréquents, on peut adapter le bâti. En faisant en sorte que les niveaux habités soient suffisamment haut et que la répartition des usages s’adapte. En cas d’inondation, les dégâts causés dans les étages du bas affectent moins les habitants. La construction de digues et de dispositifs de protection est aussi une option, mais elle pose la question de la gestion et du maintien de ces ouvrages. Et quand ils existent déjà, il en faut assurer la continuité et le rehaussement pour qu’ils soient efficaces. Dans le cas de zones très à risque, les autorités peuvent également interdire la construction de certains terrains. En ce qui concerne l’érosion et le recul du trait de côte, les solutions relèvent principalement de la stratégie urbaine et foncière. Il faut, dans la planification urbaine, prendre en considération le fait que plus on s’approche du rivage, plus les sollicitations doivent être légères. Les équipements lourds comme les hôpitaux, les autoroutes, doivent être à distance du trait de côte. Plus la structure doit durer, plus il faut s’éloigner.

Ces deux approches sont amenées à se rejoindre. Les techniques de gestions des risques liés à la submersion et aux inondations devront être plus profondes et se rapprocher de la recomposition urbaine appelée par les risques d’érosion.

Devons-nous privilégier, sur les littoraux, une architecture éphémère ?

D’un point de vue architectural, il faut retrouver des dynamiques plus naturelles et se poser la question de la « démontabilité » des bâtiments, en se tournant vers la construction hors site et des techniques d’assemblage qui permettent de démonter et d’adapter. Les évolutions du trait de côte et le changement climatique nous poussent à remettre en question la nature même de l’architecture, et c’est ce que j’aborde dans ma thèse. Dans l’imaginaire collectif mais aussi la tradition architecturale, les bâtiments sont des éléments durables que l’on transmet aux générations suivantes. Le retrait du trait de côte nous oblige à reconsidérer cette idée, mais aussi à nous tourner vers d’autres références. La solidité est au cœur de ces réflexions. Celle du bâti, mais aussi celle du sol. À la fin du XXe siècle, on a construit sans tenir compte des logiques du sol, de ses mouvements et de ses caractéristiques spécifiques à chaque lieu. Pourtant, lorsque l’on relit les traités d’architecture de la Renaissance, on constate une grande attention portée à la nature des sols, accompagnée de règles et de conseils quant à quoi construire sur quels terrains. Il faut se reconnecter avec cette philosophie-là, partir de l’analyse des sols pour construire en fonction de ceux-ci tout en y ajoutant l’idée de légèreté, de fragilité, pour que la valeur de cette architecture soit de ne pas laisser trop de traces.

L’architecture a-t-elle une fonction de sensibilisation ?

Oui, absolument, l’architecture a une grande portée pédagogique. Je pense par exemple aux blockhauss militaires de la côte atlantique et normande, constructions massives en béton qui, à mesure que le trait de côte recule, s’effondrent et tombent à l’eau. Ces éléments permettent de mesurer ce qu’il advient lorsque l’on construit trop solide, sans imaginer que le terrain va évoluer. On peut également citer la Rochelle, où les dispositifs de protection contre les inondations se fondent dans le mobilier urbain patrimonial. Ainsi, on met en scène la manière dont l’eau va pénétrer dans la ville, en la signalant par l’adaptation des espaces publics. En cas de tempête, certains espaces urbains ne sont paspraticables car l’eau s’y insère de manière orientée et contrôlée. Cette manière de retravailler l’aménagement, qui s’appuie sur des solutions de protection rapprochée (talus, petites digues, étanchéification ponctuelle), sensibilise les habitants : on continue d’habiter ces territoires, mais on sait que l’eau revient. À Lacanau, la suppression des stationnements qui permettaient de venir en voiture jusque sur la dune, à côté de la plage, doit être lancée prochainement. La déconstruction de ces parkings au profit d’espaces publics plus praticables et plus naturels envoie aux habitants un bon signal : celui d’un réaménagement qui fait réapparaître la dune et les végétaux typiques de la région.

Et qui de l’aménagement des territoires ?

Une des problématiques rencontrées par ces lieux est celle de l’aménagement intensif, cause principale de l’explosion des risques. Mais cela signifie aussi que l’aménagement des territoires est un levier-clé pour s’adapter. On réfléchit beaucoup aux solutions techniques qui permettraient de construire de manière plus durable, mais le gros point noir est que le littoral est déjà massivement construit, ce qui pose la question du renouvellement du tissu urbain existant et des interventions que l’on peut mener sur ce qui est déjà là. S’il on veut rester dans ces lieux, comment adapter le bâti ? Il faut refaire plus de place à l’eau et aux mouvements du sol, abaisser la vulnérabilité du bâti et créer de la transparence au niveau des ouvrages et des voies qui bloquent le passage de l’eau. D’une certaine manière, la gestion du patrimoine existant doit aller de pair celle de l’aménagement du nouveau.
Il y a également une réflexion à mener et des choix à faire : faut-il rester à tel endroit, continuer à l’habiter et à l’aménager, alors qu’il est à risque ? Sur ce point, les dynamiques financières jouent un rôle, car les territoires du littoral sont très prisés, et les prix des terrains sont élevés, malgré le fait qu’y construire soit dangereux. La manière dont ces parcelles sont considérées, notamment par les compagnies d’assurance, est un élément-clé : tant que ces entreprises accordent des contrats les investisseurs et constructeurs ne sont pas dissuadés. D’un autre côté, il faut que la planification urbaine soit au service des évolutions du trait de côte, et que la stratégie de résilience fasse évoluer les réglementations et planifications, notamment au niveau des plu (plan local d’urbanisme). C’est aussi une manière de faire de la question des risques une opportunité d’innovation et un moteur de planification, pour l’architecture et l’aménagement, et non pas quelque chose de punitif.