Au-delà de la simple réponse à un cahier des charges, qu’attendez-vous d’un projet de réhabilitation architecturale ?
L’architecte des bâtiments de France (ABF) et le conservateur régional des monuments historiques (CRMH), interviennent exclusivement dans les espaces patrimoniaux - pour le premier - et sur les monuments historiques - pour les deux et notamment pour le deuxième - qui couvrent 6 % du territoire national .
Ainsi, ce qu’un ABF ou un CRMH attendent d’un projet de réhabilitation est qu’il prenne en compte tout ce qui fait patrimoine dans ces secteurs et immeubles bâtis ou non bâtis, et cela à l’échelle architecturale, urbaine et paysagère.
L’ABF et le CRMH n’interviennent pas dans la rédaction du cahier des charges d’un projet, puisque ce dernier est un « contrat » entre le maître d’ouvrage et le maître d’œuvre.
Seules quelques exceptions, pour des projets très particuliers, confirment la règle. À titre d’exemple, en tant qu’architecte des bâtiments de France et à la demande du maître d’ouvrage, j’ai eu l’occasion de contribuer aux cahiers des charges des réaménagements des abords de la tour Eiffel et de la cathédrale Notre-Dame de Paris, et à celui de la réhabilitation de l’ancien siège de l’AP-HP. Cet accompagnement demande un investissement important, mais il s’avère très utile et constructif pour le projet.
Forte de ces expériences, j’estime que quand le projet porte sur un immeuble ou un espace protégé, il est souhaitable que le maître d’ouvrage prenne contact avec les services de l’État, Unité départementale de l’architecture et du patrimoine pour l’ABF et Conservation régionale des monuments historiques pour les monuments historiques, afin d’identifier les enjeux patrimoniaux du secteur de projet et s’assurer de la faisabilité de principe de ce dernier. Le maître d’ouvrage pourra ainsi informer le maître d’œuvre de ces enjeux via le cahier des charges, et l’inviter à consulter les services de l’État, en amont du dépôt de la demande d’autorisation de travaux.
Comment envisagez-vous l’équilibre entre conservation et transformation d’un bâtiment existant ancien ?
Tout d’abord il me semble essentiel d’introduire deux principes qui devraient à mon sens guider toute intervention sur un immeuble existant, bâti ou non bâti3 :
L’on ne devrait pas opposer conservation et transformation, car ce ne sont pas deux types d’intervention opposés,
Dans l’existant le point de départ est bien ce qui existe, et donc sa conservation.
D’après le code du patrimoine, la « conservation » d’un édifice à valeur patrimoniale passe par son entretien sa réparation et sa restauration. Ce type de travaux nécessite, à mon sens, l’intervention d’une maîtrise d’œuvre formée et donc qualifiée dans ce domaine4,soit une maîtrise d’œuvre compétente à évaluer ce qui est essentiel pour l’immeuble, bâti ou non bâti, ce qui fait son identité et sa substance, et ce qui est à conserver.
Pour ce qui concerne la transformation d’un immeuble existant ayant valeur patrimoniale, quand l’architecte-maître d’œuvre n’est pas spécialisé dans le patrimoine, il convient d’intégrer cette compétence dans l’équipe de maîtrise d’œuvre, car elle se révèle essentielle pour les mêmes raisons évoquées plus haut : l’architecte spécialisé en patrimoine saura veiller à garder la substance et l’identité de l’immeuble, et à identifier ce qui peut être transformé. Architecte de formation, il saura également accompagner le maître d’œuvre en charge du projet de transformation, dans la recherche de l’équilibre entre l’existant et le neuf.
Par ailleurs, pour les projets sis dans les espaces protégés et à fortiori sur les monuments historiques, le dialogue avec les services de l’État me parait primordial.
Le conseil aux demandeurs compte parmi nos missions principales et a pour objectif d’accompagner la réalisation des projets, de conservation et de nouvelle construction, afin d’assurer l’intégration des projets dans l’existant et la transmission de notre patrimoine aux générations futures, et ce dans l’intérêt général.
Nous sommes dans l’ère d’une architecture post-carbone, pensez-vous que cela pourrait devenir le nouveau « style » architectural de demain ?
À l’ère où le développement durable est devenu un impératif, il apparait évident que la conservation, restauration et réhabilitation, est préférable à la démolition-reconstruction.
Ainsi, conformément aux constructions anciennes, on s’orientera tout naturellement vers des implantations en accord avec le site et le climat et vers l’emploi de matériaux et de techniques constructives locaux et durables, soit tout simplement vers le bon sens constructif que nos ancêtres nous ont légué.
L’invitation à se référer aux fondamentaux ne se veut pas passéiste, bien au contraire, elle peut nous permettre d’assurer une évolution de l’existant adaptée et durable : favoriser la ventilation naturelle, les circuits courts, les matériaux bio sourcés et géo sourcés, etc.
La réhabilitation peut également inspirer la nouvelle construction, pour qu’elle reflète son époque de construction à travers une innovation réfléchie et contextualisée.