Saint-Jean-Cap-Ferrat — Une marina d’avenir

Magazine|

Le contexte du projet

Sur le front de mer de Saint-Jean-Cap-Ferrat, l’ancien port de pêche a quasiment disparu, remplacé par une élégante marina. Un chantier naval a été construit en 1974 pour le confort des plaisanciers, au nord de la promenade qui longe le centre-ville. Juste derrière, la plage Cros deï Pin ouvre un magnifique panorama sur le littoral. À la croisée de ces espaces, une école de voile est implantée dans un bâtiment public qui demande à être revisité. En accord avec la ville, c’est ce site qui est choisi par le Yacht Club de Monaco pour son Smart & Sustainable Marina Award de 2023.

Le prix d’architecture est remporté par l’agence Fresh Architectures et Marc Vallois, archéologue et ingénieur (Semilla Maritime Solutions).

Chaque année, ce concours d’idées invite des architectes, des étudiants et des urbanistes du monde entier à réfléchir à des marinas innovantes du point de vue architectural et technique. En tant qu’espaces hybrides entre terre et mer, les marinas cristallisent en effet de nombreux enjeux, à la fois urbains, programmatiques et environnementaux. Les littoraux où elles s’implantent sont des espaces particulièrement fragiles, soumis au dérèglement climatique et à la montée des eaux, dont les aménagements doivent être pensés finement et dans la durée.

Pour Fresh Architectures, ce concours représente une occasion de mettre à l’épreuve sa capacité d’innovation technique et créative et de proposer de nouveaux codes architecturaux.

Patrimoine et durabilité

Malgré sa petite échelle, le site multiplie les usages et les problématiques. Le point de départ de Fresh est le suivant : conserver sa mixité programmatique pour éviter de le figer dans la mono-économie du tourisme, limiter autant que possible les impacts environnementaux et anticiper ses mutations.

Le socle du bâtiment existant est sain. La démarche la plus vertueuse consiste donc à le conserver et à l’adapter. L’école de voile, déjà bien implantée dans le paysage local, est conservée. La toiture, elle, est habitée par une activité publique, un bar-restaurant, qui crée une porosité entre les espaces et participe à l’attractivité du site.

Autour de cette structure bâtie se déploie un ciel de toile inspiré des travaux d’Otto Frei : une canopée de parasols inversés. En évoquant deux motifs caractéristiques des plages de la Riviera, les parasols des vacanciers et les palmiers, ces éléments s’intègrent harmonieusement au contexte balnéaire. Leur volumétrie souple autour d’un plan régulier vient épouser, comme l’escalier, la topographie du site en pente douce vers la mer.

Le projet de Saint-Jean-Cap-Ferrat propose deux circuits vertueux de recyclage de l’eau. Le premier circuit récupère l’eau de pluie par le biais des parasols inversés et de leurs tubes centraux, et la stocke dans une citerne. Le second circuit, qui est celui développé dans le contexte d’ExoMars, recycle 90 % des eaux grises issues des activités du site.

Itérations créatives

La question posée est celle de la transformation de la matière. Comment l’architecture peut-elle intervenir pour transformer le sable en espace d’usage, emmagasiner l’eau de pluie en réserve, et accueillir une école de voile pour ses jeunes adeptes ?

Comment peut-elle compléter ce paysage magique en s’appuyant sur une approche phénoménologique, c’est-à-dire en valorisant l’expérience sensible et la perception des usagers face à l’environnement ?

Comment pourrait-elle se fondre harmonieusement entre le sable, la mer et l’urbain, en intégrant les éléments naturels, la lumière, les textures et les sensations qu’offre ce lieu unique, afin de créer une continuité entre le bâti et le paysage ?

Des matériaux performants et bas carbone

Les matériaux choisis pour le site s’inspirent directement du contexte maritime et des activités nautiques. Ils invitent aussi à reconsidérer les déchets, pour leur utilité, leur matérialité voire leur esthétique.

Les parasols inversés, en voiles de bateau recyclées, évoquent la programmation. Conçues pour résister au soleil et aux intempéries, ces toiles sont d’une grande durabilité. Elles peuvent par ailleurs être renforcées par des traitements ou des filtres. La patine et les marques d’usure sont laissées apparentes pour sensibiliser le public à la seconde vie des objets.

Le bardage du bâtiment principal est en bois flotté, c’est-à-dire un bois qui a passé plusieurs semaines, plusieurs mois ou plusieurs années en mer. Recourir à ce matériau de réemploi est en soi vertueux, mais également intéressant d’un point de vue plus technique : sa saturation en sel le rend particulièrement résistant.

Dans une réflexion globale de protection du littoral, alors que le sable est déjà surexploité, l’usage de béton traditionnel est impensable. C’est pourquoi la dalle du bâtiment pourrait être mise en œuvre dans un matériau innovant comme le ciment d’argile, à l’impact environnemental bien moindre.